Écosse

Brexit et histoires d’indépendances

Il a fallu entendre une annonce pour se décider à le faire : parler de l’Écosse, cette nation originale du Royaume-uni. Le déclic fut la proposition tonitruante d’un nouveau référendum au sujet de l’indépendance du pays, quelques mois après le Brexit. Le désaccord sur la question européenne avait en effet fait resurgir une défiance, basée sur une forme de nationalisme de la part des Ecossais. Mais vue d’une partie de la Grande-Bretagne, cette attitude était davantage ressentie comme une sorte de chantage, de la part d’une nation historiquement entêtée et peu docile, que comme l’expression d’un potentiel et véritable point de rupture. C’était occulter que l’histoire de l’Écosse, a été bâtie dans l’héritage des figures de l’indépendance restées aujourd’hui des symboles. De Stirling à Falkirk en passant par les plaines de Bannockburn, voyage sur les traces de ce passé, dans lequel l’Écosse puise sa singularité.

Peu après la prononciation du Brexit (vote pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne), l’éventualité d’un référendum sur l’indépendance de l’Écosse était mise sur la table. Les Écossais s’étant massivement portés sur le vote remain, à 62 %, le divorce européen, engagé par la Grande Bretagne, ne faisait pas les affaires de cette jeune nation, historiquement rebelle. Les avertissements répétés de la première ministre du parlement écossais, Nicola Sturgeon, quant aux intérêts divergents de son pays, avaient été globalement peu pris au sérieux par le gouvernement et l’opinion en général, y compris en Écosse. Bien que se sentant culturellement singuliers, les Écossais n’étaient a priori pas pour remettre en question leur appartenance au Royaume-Uni. Ainsi l’avait démontré un précédent référendum, en 2014. Mais voilà que ce Brexit « à la dure », engagé par Westminster, ne laissait que finalement peu l’occasion d’exprimer les intérêts et aspirations d’une majorité d’Écossais.

Manifestation pro-européenne à Édimbourg en octobre 2016.

« Je me sens plus Européen que Britannique »

« Cela a toujours été comme ça. Ils n’en font qu’à leur tête ! ». Tandis qu’une partie de l’opinion, en Angleterre, continuait dans le registre sarcastique inhérent à la relation gentillement épineuse entre ces deux voisins, en Écosse, beaucoup durcissait le ton. « Aujourd’hui, je me sens plus Européen que Britannique. Nous en avons marre que le gouvernement de Londres nous impose la conduite à tenir. On a le sentiment que l’on ne prendra jamais en considération nos intérêts ! », exprimait un habitant lors d’un rassemblement à Édimbourg, en octobre 2016. Cette manifestation, pro-européenne, rassemblait plus d’un millier de personnes, venues faire part de leurs revendications dans une ambiance joyeuse et bon enfant. Le kilt était de sortie, l’hymne européen s’épanouissait au son de la cornemuse et les manifestants brandissaient le drapeau national marqué du mot « YES », celui du vote en faveur du maintien dans l’Union Européenne.

Sursaut indépendantiste

Voilà qui semblait anachronique. Dans les déboires d’une Europe montrant des signes de rupture dans nombre de pays que nous avions traversé au cours des mois précédents, l’Écosse demeurait le seul qui ne disait pas « non » à l’Europe, mais « oui ». Cette expression collective, spontanée et guidée par la conscience de ses propres intérêts, l’était aussi par une défiance vis-à-vis de ce qui était vécu comme une ingérence de trop de la part du gouvernement britannique de Theresa May. L’occasion était trop belle pour les indépendantistes. « End London rule ! » lisait-on sur un large drap blanc déployé en tête de cortège. On sentait que quelque chose se tramait, un sursaut nationaliste, mais pas celui cédant au repli sur soi. Plutôt sur la conscience d’appartenir à quelque chose de plus grand. « Vous savez, c’est fort de voir tous ces gens réunis, car ce n’est pas dans notre culture de manifester », nous affirmait un membre du rassemblement. Le visage barbouillé de bleu, il évoquait la première indépendance de l’Écosse, comme pour souligner que la situation n’avait rien d’anodine.

brexit london
stirling paysage

William Wallace, la figure du héros national

On apprenait que sur cette terre où les ancêtres pictes, celtes, gaëls, scots, etc. s’étaient côtoyés aux origines, la conscience d’être une seule et même nation n’était venue que tardivement. Longtemps, la société en Écosse est restée ancrée dans un système de clans qui se faisaient la guerre entre eux. Mais les invasions et occupations répétées de lAngleterre provoquèrent finalement des campagnes de résistances et de soulèvements durant le XIIIe siècle et le début du XIVe siècle. L’une d’elles allait d’ailleurs conduire à cette fameuse première indépendance en 1328. Intrigués par ces propos, nous allions marcher sur les traces de ce passé, qui de toute évidence, avait marqué la mémoire collective. À Larnak, Dundee, Aberdeen, Perth, Falkirk et même aux limites actuelles de l’Angleterre dans la région du Northumberland, le Royaume-uni portait l’empreinte de la rébellion d’un héros écossais du XIIIe siècle :  William Wallace.

C’est un nom que connait tout Écossais qui chérit la notion de liberté, comme le faisait le héros incarné par l’acteur Américain Mel Gipson dans le film Braveheart. « Vivre libre ou mourir ». Même si l’on en sait peu sur le héros de l’indépendance vraisemblablement né à Elderslie, il apparait comme certain que Wallace a marqué l’imaginaire collectif, restant à ce jour la notion la plus héroïque de l’histoire nationale. On raconte que son soulèvement mobilisa même des hommes venus du fin fond des Highlands. À une soixantaine de kilomètres d’Édimbourg, à Stirling, la tour William Wallace construite en 1869, évoque d’ailleurs les prouesses du chevalier ayant levé une armée et défait les troupes anglaises lors de la bataille du pont de Stirling (1296). Mais la bataille de Falkirk mettra fin à cette campagne de rébellion en 1298. Capturé aux alentours de Glasgow, ramené à Londres puis torturé à mort, ses parties du corps seront finalement dispersées dans tout le Royaume-Uni… à titre d’exemple.

pont stirling
bannockburn bruce

« Vivre libre ou mourir »

L’insolent avait donc payé cher cette campagne contre Édouard 1er, mais cela ne sapera jamais l’esprit de liberté chez les Écossais, au contraire. Lorsque Robert the Bruce se déclara roi d’Écosse, la bataille de Bannockburn en 1314 marqua la défaite de l’armée anglaise et assurera l’indépendance de l’Écosse en 1328. Les champs de bataille sont aujourd’hui un espace de mémoire paisible, où se dressent un mémorial devant lequel certains promeneurs marquent une pause systématique. On trouve aussi une immense statue de Robert 1er d’Écosse ainsi qu’un centre d’interprétation pédagogique, inauguré en 2014.

Brexit : vers une nouvelle indépendance ?

Si la tête de Robert the Bruce désormais flanquée sur les billets de 20 livres écossaises frôle l’insolence, elle est bien sûr aujourd’hui largement tolérée en Angleterre. Parce que l’Écosse, nation à part entière du Royaume-uni, possède de nouveau son parlement, qui lui permet de légiférer en relative autonomie. La création de celui-ci en 1998, par le Scotland Act faisait lui-même suite à un référendum. Dans l’optique d’une nouvelle consultation de la population, l’Histoire montre qu’il ne faudrait pas négliger la motivation des Écossais à prendre leur destin en mains, si les circonstances ne leur laissent pas d’autres choix.

© www.peripleties.fr – Mars 2017

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