MOLDAVIE

L’entre-deux monde

Entre la Roumanie, pays membre de l’Union européenne et l’Ukraine dont les tumultes ont dominé l’actualité de ces dernières années, il existe un pays parfaitement enclavé : la Moldavie. Coincée entre deux mondes, deux visions, l’une pro-occidentale et l’autre pro-russe, rongée par la corruption, la société moldave tente vainement de décider de l’avenir en son propre nom.

De ce pays nous ne connaissions rien, ou presque. Le souvenir d’une expatriée gagaouze, sommelière travaillant en Thrace, région de vignobles turcs (voir notre expression libre) a refait surface. La Moldavie a une longue tradition viticole, elle nous l’avait affirmée. Ce fut même, au temps de l’URSS, une réserve en la matière, de première importance. Elle l’est encore aujourd’hui, puisqu’elle abrite la plus grande cave souterraine au monde, Cricova (voir notre photoreportage) dans les profondeurs de la capitale Chișinău. Une oasis en plein désert, un domaine que peu connaissent, même en Moldavie. D’ailleurs qui dans ce pays peut se permettre de visiter ces caves luxueuses ? Des touristes russes pour majorité, italiens, suisses, ou des Moldaves expatriés. « Vous visitez la Moldavie ? Mais il n’y rien à voir ici ! Orhei, à la limite, mais en dehors de ça vous voulez trouver quoi : des champs ? » Maria* a quitté son pays natal pour l’Europe. Son père a rassemblé une grande partie de ses économies pour lui permettre un avenir meilleur

brexit london
brexit london

« Ça me fait mal au coeur de voir toute cette misère »

Beaucoup d’autres Moldaves travaillent en dehors des frontières du pays et font vivre ainsi leur famille. Il faut dire que la Moldavie n’offre que peu de perspectives.  « Il n’y a rien ici ! C’est la merde. Les gens sont tellement pauvres…. » Maria* parle très bien français. Ce n’est pas la seule. Le pays compte beaucoup de francophiles. Une estime et une vision glorifiée que la France ne leur rend pas pour un sou. Elle a gagné sa vie comme serveuse et cédé aux avances d’un étranger plus âgé avec de bons revenus, s’est trouvé un job et revient régulièrement pour rendre visite à sa famille. « Ça me fait mal au coeur de voir toute cette misère. Ces gens qui vendent leurs légumes au bord des routes pour survivre, pendant que d’autres sont là à se pavaner. Il faut les voir les week-end arriver dans leurs voitures de luxe dans les boîtes de nuit… »

Un milliard d’euros « disparu »

Sa colère est celle de nombreux habitants, qui constatent, impuissants, l’état de leur pays quaucune promesse politique n’a pu sortir de la pauvreté et endiguer le fléau de la corruption depuis la chute de l’URSS. Ni les pro-européens, au pouvoir jusqu’en novembre 2016, ni les partis plutôt favorables au rapprochement avec la Russie. Le plus rocambolesque ? Un milliard de dollars (915 millions d’euros) a « disparu » des banques du pays en 2015, soit 15 % du PIB du pays évaporé… Pour les Moldaves, qui gagnent moins de 200 euros par mois, la pilule reste dure à avaler. Il y a ceux qui y voient la corruption massive de tous les responsables politiques et ceux qui arguent l’ombre du Kremlin. En s’engageant dans les ruelles de la capitale, une chose saute aux yeux. Ceux qui protestent ont planté leurs tentes devant les bâtiments des institutions, mais chacun de leur côté. Le pays est en effet toujours tiraillé entre les citoyens pro-russes et ceux qui considèrent leur attachement historique à la Roumanie et donc leur avenir en une potentiel adhésion à l’Union Europénne.

brexit london
stirling paysage

Une volte-face pro-russe

La victoire d’Igor Dodon, candidat socialiste et pro-russe en novembre 2016 – cependant largement contestée – est en tout cas un revers pour les politiques de rapprochement vers l’UE. Un phénomène également observé en Bulgarie, membre de l’Union Européenne depuis 2007. « La fraude se poursuit depuis plus de 25 ans dans notre pays. Ceux qui prennent le milliard ont les ressources nécessaires pour gagner les élections », analyse un habitant après les élections. « Il y a quand même de l’espoir lié à notre diaspora en Occident. Parce que les bureaux de vote étaient peu nombreux, les jeunes expatriés ont voyagé des dizaines à des milliers de kilomètres pour venir voter. Cela nous donne beaucoup de force et d’espoir pour l’avenir. C’est la vie. » Une conclusion en forme de point de suspension, comme l’avenir de la Moldavie, dont on doutait jusqu’ici de l’existence …

* le prénom a été modifié.

© www.peripleties.fr – Juillet 2018

À lire aussi