Ukraine

Tchernobyl, les vestiges d’une catastrophe

Le 26 avril 1986, une mauvaise manipulation lors d’un exercice sur le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl provoque une explosion. Un épais nuage radioactif se propage dans le ciel de l’Ukraine, touchant également les pays limitrophes. L’URSS ayant à l’époque minimisé l’ampleur de la catastrophe, c’est le gouvernement de Suède qui donna l’alerte, constatant un taux anormal de radioactivité dans l’air ambiant. Que reste-il 30 ans après du plus grand accident nucléaire civil du 20ᵉ siècle ? Le village de Prypiat, situé à 4 kilomètres du réacteur et évacué de nombreuses heures après l’incident reste un témoignage macabre de l’ampleur du désastre. C’est aujourd’hui une ville fantôme, dont l’existence exerce toutes sortes de réactions pour le moins contradictoires, entre tristesse, colère, désolation, voire même fascination. Des agences privées font aujourd’hui leur business autour de ces vestiges. C’est l’avénement du tourisme nucléaireReportage dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. 

 

tchernobyl kiev

kiev maïdan

Depuis 2011, des agences privées proposent au départ de Kiev (la capitale d’Ukraine) des excursions dans la zone d’exclusion de Tchernobyl qui englobe des sites situés dans un rayon de 30 kilomètres autour des lieux de la catastrophe. Auparavant, les visites se faisaient de façon plus ou moins légales. La tenue de l’Euro 2012 en Ukraine a forcé les autorités ukrainiennes à encadrer ce type d’excursions.

La plupart des agences touristiques se vantent d’avoir la meilleure expérience en la matière. Les tarifs des visites oscillent entre 90 et 400 $ (80 à 350 euros), selon la durée du séjour et les modalités de prise en charge.

solo east travel

intérieur bus

Pendant le voyage de deux heures qui conduit à la zone d’exclusion, des informations sur le contexte de la catastrophe et les règles de sécurité à observer sur place sont données aux visiteurs. Le contraste entre tourisme sensationnaliste et informations délivrées varie selon le type de visite choisi.

checkpoint tchernobyl

zones radiation

Le site de Tchernobyl fait l’objet d’une stricte surveillance. Deux checkpoints existent. Le premier se trouve dans le rayon d’exclusion des 30 kilomètres autour de la centrale, où sont revenus vivre des habitants malgré l’interdiction en vigueur de l’Etat. Le second est situé dans un rayon de 10 kilomètres. Seuls les scientifiques et les travailleurs sur le site sont en principe autorisés à y pénétrer.

Antennes Douga-3 à Tchernobyl, dans la zone d’exclusion des 30 kilomètres. Ce bouclier antimissile – aujourd’hui abandonné – devait détecter une éventuelle attaque américaine, dans un contexte de Guerre froide au cours duquel le bloc de l’Est affrontait le bloc de l’Ouest. Le Pic vert, tel qu’il était appelé en raison de son bruit, témoigne du climat d’hostilité qui régnait à l’époque et des priorités définies par le gouvernement soviétique dans les années précédant la catastrophe de Tchernobyl.

photographes tchernobyl

photo poupées

selfie

touristes tchenrobyl

Le site de Tchernobyl provoque toutes sortes de réactions : de la tristesse à la fascination. Photos, selfies, vidéos, poses… Quelque soit le ressenti des touristes, les vestiges de la catastrophe nucléaire sont immortalisés sous tous les angles.

Après l’accident, 600 000 volontaires – les « liquidateurs » – se sont rendus sur place pour nettoyer la zone. Beaucoup sont morts quelques jours plus tard, à la suite de leur exposition aux intenses radiations. C’est difficile à imaginer, mais des milliers de personnes travaillent encore dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Leur travail fait l’objet d’un strict protocole. Les effets d’une exposition régulière sur la santé des hommes restent cependant méconnus.

centrale nucléaire

réacteur nucléaire

Les réacteurs en construction lors de l’accident de Tchernobyl ne seront jamais terminés. L’activité nucléaire est aujourd’hui abandonnée et seuls des scientifiques et ouvriers travaillent dans la zone contaminée.

Un nouveau sarcophage pour le réacteur n°4 a été bâti et sera installé au cours du mois de novembre 2016. L’enveloppe précédente, construite à la suite de la catastrophe dans la précipitation, présente des fissures qui empêchent l’isolation optimale du réacteur.

pripyat

compteur gegeir

Prypiat, située à 4 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl, est le clou de la visite. Inaugurée dans les années 1970, elle est passée de ville « modèle » de l’Union soviétique à ville fantôme. Les guides connaissent les lieux où sévissent les plus forts taux de radiation. Ce sont notamment les endroits où ont été enterrées profondément les souches les plus sensibles. Le compteur Geiger – qui mesure le taux de radioactivité en sieverts – s’affole alors.

La roue et les autos-tamponneuses de la ville de Prypiat sont les images symboliques des vestiges que l’on retient le plus parmi ce paysage désolé. L’inauguration du parc devait avoir lieu quelques jours après l’accident.

stade pripyat

stade tchernobyl

L’ancien stade de Pripyat. En théorie, ne passer que quelques heures dans la zone d’exclusion est sans danger. Les brochures informatives et les guides le répètent pour rassurer les touristes : l’exposition aux radiations durant la visite est par exemple, largement inférieure à celle à laquelle est exposé un passager d’un vol Paris-New-York. Les règles de sécurité sont cependant strictes et une décharge de responsabilité est signée par chaque visiteur à l’entrée du site.

Des arbres poussent dans les maisons, devant les façades des anciens immeubles d’habitation, en travers de la route… Au milieu de ce décor macabre, la nature a immanquablement repris ses droits.

gymnase

piscine pripyat

Dans la plupart des bâtiments comme le gymnase et la piscine, les murs se sont en partie effondrés, la peinture s’est effritée et le matériel a été abandonné. Pourtant – et malgré l’interdiction de prélever des objets sur le site – les lieux ont été pillés à de nombreuses reprises.

Ambiance apocalyptique dans les bâtiments touchés par la catastrophe. Beaucoup d’objets ont été abandonnés parmi les décombres et donnent l’impression d’avoir été laissés dans la panique. Pourtant, la zone de Tchernobyl n’a été évacuée que 30 heures après l’explosion de la centrale.

masque à gaz

lapin peluche

image dessin

yeux poupée

Masques à gaz, poupées, manuels scolaires, affiches, jouets abandonnés… Différencier mise en scène macabre et réalité devient difficile.

Parmi les décombres, les portraits des dirigeants de l’URSS refont surface. L’accident de Tchernobyl et sa gestion chaotique comptent parmi les éléments qui ont précipité la chute de l’URSS.

portique sécurité

route tchernobyl

À la sortie de Tchernobyl, les visiteurs passent des portiques de contrôle afin de vérifier qu’aucun de leurs effets personnels ne soient contaminés. Si tel est le cas, ils doivent les laisser sur place.

Le bilan humain réel de la catastrophe de Tchernobyl est difficile à certifier et fait l’objet d’une bataille de chiffres. La relation entre l’exposition aux radiations et les pathologies (cancers, leucémies, maladies cardiaques…) et les décès qui s’en suivent est difficilement corrélable. Les chiffres varient de quelque milliers à plusieurs millions de victimes.

© www.peripleties.fr – Juin 2016

Dernières nouvelles

Le dôme de plus de 30 000 tonnes construit pour recouvrir les déchets radioactifs du réacteur n°4 (détruit par l’explosion en 1986) a été installé le lundi 14 novembre 2016.

En savoir plus : voir l’installation en timelapse.

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