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Rencontre avec les Samis, éleveurs de rennes en Laponie

La Laponie, la région ancestrale des Samis. « Dernier peuple autochtone d’Europe », ils sont couramment désignés comme les éleveurs de rennes du grand nord. Après des siècles d’assimilation forcée, les descendants des indigènes sont plus de 8 000 personnes dans le nord de la Finlande.

Aujourd’hui, ils font face à un enjeu de taille : conjuguer philosophie de vie et modernité. Au fil d’un voyage au-delà du cercle polaire, rencontre avec cette minorité, pour répondre à une question : qu’est-ce qu’être Sami aujourd’hui ?

La culture samie, une réalité dans le nord de l’Europe

Au-delà du cercle polaire arctique en Finlande

 La plupart des gens du sud n’ont jamais mis les pieds ici ». Cette phrase résonne comme un écho lorsque l’on s’aventure au-delà du cercle polaire arctique dans la région boréale. Au-dessus de Rovaniemi en Finlande, le touristique « village du père Noël », il n’y a plus guère de monde dans cette partie de la Laponie.

Au mois d’octobre et à l’entrée de l’hiver, les hôtels et campings tournent au ralenti. « La carte météo nationale vous détaillera l’humeur du ciel dans le sud du pays. Mais dans le nord, cela se résume ainsi : il fait froid ! » plaisante une habitante.

Soleil de minuit et aurore Boréales

Ainsi, la Laponie vit dans un dédain relatif. Il est tout de même bon de vanter son soleil de minuit, ses nuits polaires et ses aurores boréales, ces légendaires éruptions solaires qui balaient le ciel d’une lumière mystique lors des interminables et glaçantes nuits d’hiver

Les “Samis”,  les derniers indigènes d’Europe

Dans des temps anciens, les Samis, dernier peuple autochtone d’Europe, y voyaient la course effrénée d’un renard sacré, soulevant de sa queue des poussières étincelantes sur les crêtes des montagnes…

Culture et héritage de la vie nomade

On peut chercher des traces du « peuple indigène » éleveur de rennes, disséminés parmi une population de 182 000 personnes, mais rien ne permet de faire véritablement la différence entre tous, sauf à s’arrêter dans une maison d’hôte tenue par des propriétaires samis ou dans une boutique artisanale sur le bord de la route nationale4.

À Vuosto, on vante l’expérience des esprits chamaniques, donnant davantage l’impression d’exister pour contenter les voyageurs de passage. Car tout au long de l’année, le tourisme est une source de revenu non négligeable pour les Samis.

Des séjours et activités pour les visiteurs et touristes de passage

On trouve des séjours chez l’habitant avec gîte, cuisine, et découverte de la « véritable » culture locale, des balades en traîneaux à rennes. Ces prestations vantent et vendent l’authenticité et la tradition autochtone. Ailleurs certaines boutiques souvenirs prennent aussi leur part du butin en vendant à des prix exorbitants des produits samis estampillés « made in China »…. Bienvenue dans le monde moderne.

Les Samis, éleveurs de rennes du grand Nord

Si beaucoup de traditions samies ont disparu, l’élevage des rennes est toujours une réalité. Pendant les beaux jours, ils sont en liberté et peuplent les accotements des routes pour y trouver de la nourriture abondante.

Le peuple Sami, une existence menacée ?

Mais aujourd’hui, les Samis ne sont plus nomades, rien à voir avec l’imagerie des cartes postales que vous pouvez encore voir ici et là. Des siècles d’assimilation forcé ont eu raison de leurs traditions. Ils  habitent dans des maisons modernes, utilisent les téléphones portables et il y a bien longtemps qu’ils ont laissé le traîneau de rennes de côté pour la rapidité et l’efficacité des scooters des neiges.

Les choses évoluent … et c’est bien comme ça ! » s’exclame Johan Ande Mahtte, un fabricant de chaussures de Kotokeino, de l’autre côté de la frontière en Norvège. «  Nous n’avons quasiment plus besoin des chaussures en cuir de renne. Nous marchons beaucoup moins dans les montagnes !”

Les Samis ont pris le tournant de la modernité, tout en cultivant leurs différences. Une philosophie qui représente bien les indigènes du nord : accueillir le progrès sans déroger à leurs valeurs. Mais cela n’est pas toujours simple.

Autochtones en minorité contre modernité

«  Beaucoup, d’anciens préféreraient par exemple des mariages entre Samis peut être davantage par tradition… Cela dit, je sais par expérience que quand vous n’êtes pas issue d’une mère et d’un père sami, vous n’êtes jamais totalement reconnue comme tel…» , exprime Katariina, dont le père est un Sami d’Utsjoki et la mère une Finlandaise du sud du pays.

Des traditions noyées dans la culture dominante

La crainte étant précisément de voir sa culture noyée progressivement et naturellement dans la « culture dominante » est toujours bien présente. Chez les Sami, existe  la notion  qu’on appelle l’ethnostress. La peur de ne pas transmettre sa culture sa langue et ses valeurs à ses enfants ?

“C’est très difficile, car nous sommes fiers de ce que nous sommes. Je ne veux pas oublier ce lien avec la nature. Mes grands-parents sont encore là pour me transmettre cette culture et ses valeurs. C’est une chose précieuse, une richesse que d’autres n’ont pas », exprime Sunna Valkeapaa. Créatrice de bijoux samie, elle diffuse à sa manière la culture héritée de ses ancêtres, savoir-faire appris à l’école d’art traditionnel d’Inari où enseigne une partie de sa famille.

Inari, capitale de la culture samie en Finlande

Inari, occupe une place prépondérante dans la culture autochtone. Les abords du lac sacré ont toujours été un endroit de choix pour se retrouver, vendre les peaux de rennes, célébrer les mariages, les fêtes et tenir les marchés.

Le village de 1130 âmes compte environ 300 sâmes. Il abrite notamment le Siida, du nom des villages traditionnels indigènes. Il s’agit en réalité d’un musée riche présentant la nature septentrionale dans lequel s’inscrivent l’histoire et la culture des éleveurs de rennes, vivant aussi de pêche, de chasse et de cueillette.

Les rites chamaniques, une part importante de la culture indigène

On y détaille aussi les cultes chamaniques, l’assimilation au fil des siècles de colonisation, ainsi que la renaissance d’une identité. On parle cependant peu de la culture samie et des défis d’aujourd’hui pourtant les défis sont bien présents, comme l’explique Niillas Holmberg.

Être Sami aujourd’hui, pour les jeunes gens, signifie grandir entre deux cultures

Niillas Holmberg.

« Être Sami aujourd’hui, pour les jeunes gens, signifie grandir entre deux cultures : la « culture majoritaire » et la « culture minoritaire » que nous représentons. Par le passé, nous avons été oppressés par la culture dominante. Aujourd’hui, nous essayons le plus possible de préserver notre culture et nos valeurs. Cela signifie beaucoup de combats parce que les valeurs des pays occidentaux sont très brutales. »

Poète et artiste originaire d’Utsjoki, il écrit et compose en langue sâme du nord. Depuis tout petit, il a été bercé dans ses racines. Son père a écrit et traduit des livres pour enfants, sa mère a travaillé comme professeur de langue samie.

Les samis revendiquent des droits concernant leurs terres

Niillas Holmberg est aujourd’hui une voix activiste et écrit sur les valeurs fondatrices de sa culture, sur son histoire, mais aussi sur les circonstances actuelles. Il sait à quel point il est dur de se faire entendre lorsqu’on est issu d’une minorité. Il s’agit de porter une parole qui dévie du sens commun sur des sujets comme l’exploitation des ressources naturelles, la propriété des biens, les droits des individus.

«  Pour le gouvernement, notre image est bonne à véhiculer, mais quand il s’agit d’entendre nos revendications et de faire valoir nos droits, c’est autre chose. Nous ne croyons pas à l’individu tel que le monde occidental nous l’enseigne.”

« Nous ne croyons pas à l’individu tel que le monde occidental nous l’enseigne »

La renaissance de la culture samie

Depuis deux décennies, les choses ont évolué, résultat d’un réveil de la culture samie qui a émergée dans les années soixante en Norvège, où l’on compte la plus grande proportion de Samis. Ce mouvement d’émancipation a trouvé sa résonance, jusque dans les contrées qui avant ne faisaient qu’une (nord de la Suède, Russie et Finlande).

Journaux, radios et associations locales

Journaux, radios, associations locales et coopérations internationales à travers un conseil sami (1956), ont contribué à défendre les intérêts des minorités. Les Samis se voyaient finalement reconnaître le droit de défendre leur culture « de manière compatible avec leurs devoirs envers leurs nations respectives ».

Un parlement sami à Inari en Laponie

Aujourd’hui, le Sajos, centre culturel, éducatif et politique d’Inari joue un rôle essentiel dans la représentation de la culture sâme en Finlande.  C’est aussi le siège du Parlement « Saamediggi », créé en 1996 pour défendre les intérêts des autochtones en lien avec leurs homologues norvégiens et suédois.

Ce parlement sami finlandais est composé de 21 représentants élus tous les quatre ans. La parité y est respectée et à sa tête, une femme, Tiina Sanila-Aikio. Pour pouvoir voter pour ces représentants, il faut avoir 18 ans et avoir au moins un parent sami.

Un institut financé par l’état finlandais

Cet édifice qui évoque par sa forme une coiffe traditionnelle samie a été financé par le gouvernement finlandais. « Le centre culturel est chargé de mettre en action les politiques et les orientations du parlement. Si nous n’avions pas le parlement, ni cet outil de diffusion, notre parole ne pourrait pas être portée auprès du gouvernement et la plupart des Samis aujourd’hui ne sauraient rien sur leur propre culture », explique Katariina Guttorm, responsable du Saajos.

Une langue et différents dialectes

Les enjeux se situent aujourd’hui autour de la langue. Chaque communauté – Samis du nord, ceux d’Inari et les Skolts – dispose de son propre dialecte.  « Une langue est le support et la condition de la survie d’une culture. Sans langage on ne peut pas transmettre la culture d’un individu à l’autre », souligne Katariina.

Dès lors, quelle dialecte faire valoir par rapport à un autre pour parvenir à exister et faire valoir ses droits au sein de leurs nations respectives ?

La langue des Samis de Norvège est la plus répandue

La langue des Samis du nord – majoritairement éleveurs de rennes -, parlée par 20 000 personnes dans toute la Laponie représente une majorité. Elle est naturellement utilisée comme langue officielle pour s’adresser aux autorités. La langue des Samis d’Inari, pêcheurs de tradition, n’est quant à elle parlée que dans le village. Quant à celle des Skolts, venus de Russie elle est parlée par environ 300 personnes en Finlande.

C’est l’institut Giellagas de l’Université d’Oulu qui est chargé d’en étoffer le langage. Grâce aux médias (télévision, radio, journaux, livres…), la langue reprend aussi de l’ampleur.

 

Le sami étudié dans trois universités de Finlande

Il faut donc s’accorder sur les combats à mener et communauté.  « Il y a bien sûr des désaccords, ce qui peut rendre les choses plus compliquées dans le contact avec le gouvernement national par exemple. Mon avis est qu’on ne devrait pas se diviser, sinon on achève rien. La plupart des Samis sont d’accord avec cela et font confiance à ceux qui nous représentent », confie Katariina.

Cette représentation a permis des avancées significatives. Aujourdh’hui, les médias diffusent des programmes dans la langue indigène et de nombreux événements culturels samis rythment l’année. Alors qu’il y a seulement quelques années, aucun enfant sâme de moins de sept ans ne pouvait parler le langage sami, les jeunes générations peuvent aujourd’hui suivre une scolarité jusqu’aux épreuves du baccalauréat dans leur langue maternelle et étudier en sami dans l’une des trois universités du pays (Helsinki, Oulu, et celle de Laponie située à Rovaniemi).

Artistes et événements indigènes

Les artistes samis n’hésitent d’ailleurs pas à s’emparer de la cause des peuples premiers et sont aujourd’hui audibles bien au-delà du territoire lapon, comme Sofia Jannosk, une célèbre chanteuse sami de Suède. Ces interprètes ont su repopulariser le « joik », un chant traditionnel, réalisé à partir de vibration de la gorge. « C’est vraiment important de montrer aux enfants ce que nous faisons et d’où nous venons, que notre héritage est bon. 

Le rappeur Amoc (Mikkâl Antti Morottaja), originaire d’Inari, est un des premiers artistes à avoir popularisé et exporté sa langue samie. Beaucoup de jeunes lui emboitent le pas, comme une façon de réaffirmer une culture étouffée par des siècles de domination.

Des événements annuels se déroulent à travers toute la Laponie, comme le festival de Pâques de Kautokeino, les championnats du monde de course d’attelage de rennes, de lancers de lassos ou certains festivals de musique, comme Ijahis Idja à Inari (voir notre vidéo) sont autant d’une manifestation d’une culture bien vivante où les Samis arborent fièrement le costume traditionnel.

 

Droit à l’exploitation des ressources naturelles dans les villages samis

« Lors de ces rassemblements, il s’agit non seulement d’être ensemble, mais c’est aussi une manière de réfléchir à un monde meilleur.  Car ce que les pays occidentaux considèrent comme une société saine ne l’est pas pour nous », explique Niillas Holmberg.

Des débats portés sur l’écologie

Des sujets comme l’exploitation des ressources naturelles et l’industrialisation, la destruction des forêts au profit des entreprises multinationales et le droit des Samis de pêcher et chasser de leurs terres ancestrales reviennent régulièrement dans les débats.

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