Biélorussie : Notre voyage dans la dernière dictature d’Europe

Avant de voyager au Bélarus en camping-car, on ignorait presque son existence. Comme beaucoup de Français, nous en avions vaguement entendu parlé et nous pensions naïvement qu’il s’agissait d’une région de Russie, ou du moins une sorte « d’excroissance » plus ou moins indépendante. Rien de plus normal. La dernière dictature d’Europe ne se dévoile pas beaucoup au regard du monde. Mais on le conseille vivement, car le pays se révèle fascinant et chaleureux. On explique cette ambiguïté dans cet article !

La Biélorussie, la définition d’une dictature « ordinaire » ?

Faite l’exercice sur google. Taper Biélorussie… Cela a de quoi refroidir non ?  « Dernière dictature d’Europe » de type néo-soviétique, pays le plus impacté par les conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (voir notre photoreportage),  classé en pôle position dans le monde pour le « taux de suicides par 100 000 personnes par an », pas d’opposition et de médias libres, manifestation réprimée… Bref on s’attendait vraiment à voir des habitants au teint blafard, les yeux cernés jusqu’aux joues, marchant sous la grisaille et la pluie pour aller chercher leur ration alimentaire radioactive… Des dépressifs auxquels on ne peut arracher un sourire, tellement ils sont malheureux. Ajouter à cela, toutes les formalités administratives exigé pour obtenir un visa, il fallait vraiment être motivé pour franchir le pas. Mais ça vaut plutôt le coup.

Un « retour » en ex-URSS

Pourquoi ? Parce que c’est l’assurance de vivre un véritable voyage. Nous n’avons jamais été aussi bousculés dans nos façons de voir et de penser le monde, qu’à l’issue de ce voyage. Plus tard, notre séjour en Chine nous a replongé dans nos multiples réflexions. Mais si la Biélorussie répond à coup sûr à la définition d’un régime autoritaire, on trouve utile de préciser quelque chose dans cette article. Tout au long de notre voyage, nous avons croisé des gens souriants et attentionnés. Avouez que ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’une dictature. Tiens, pour la note d’humour… ça nous rappelle une réplique d’OSS 117 Rio ne répond plus : « Une dictature c’est quand les gens sont communistes, déjà, ils ont froid, avec des chapeaux gris, et des chaussures à fermeture éclaire. »

Une ambiance du passé

Et bien dites vous bien que les habitant en Biélorussie, dans les campagnes, ils se promènent à vélo, ils cultivent leurs jardins, ils se baignent dans de petits lacs, pique-niquent… Ils n’ont pas l’air d’être riches, c’est vrai. Mais dites vous bien qu’ils ne semblent pas non plus malheureux. Surtout, les habitants qu’on avait imaginé froids et apathiques, sont derrière une timidité apparente, d’une générosité sans limite.  Et ça, nous ne l’avions jamais vu mentionné nul part ! Certes, ils flottent dans l’air comme un parfum du passé qui poussent les jeunes à vouloir l’Europe et s’en aller à tout prix d’un pays où il n’y a pas, ou si peu de perspectives économiques, mais passons.

Symboles et coutumes socialistes soviétiques

Il y  a bien sûr ces statues de Lénine et ses monuments à la gloire des partisans dressés sur tout le territoire, ces symboles du socialisme (marteau, faucille, étoile rouge). Il y a aussi ces affiches plutôt ingénues qui prône l’amour du pays. Et puis cette bureaucratie ! Ces fonctionnaires qui prennent plaisir à tamponner des documents officiels à parafer, en trois voire quatre exemplaires ! Alors tout cela prête à sourire. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser à quoi ressemblerait ce blog si l’on vivait en Biélorussie. Parce que le pays est quand même classé 157e sur 180 par RSF (Reporters Sans Frontières) en terme de liberté de la presse. On sait aussi que les voix dissonantes ne sont pas audibles, alors on entend qu’il faut rester sur ses gardes et filer droit. La réside l’indescriptible paradoxe entre la politique, qui incite à la méfiance et le caractère et la richesse humaine des habitants, c’est plutôt ça qui fait Péripléties !

Ni opposition, ni médias privés, mais de l’échange

Si si les gens en Biélorussie sont drôles ! Enfait cela relève surtout de modes de faire, de manies, d’une façon d’être. Une anecdote ? Un jour, le président président Alexandre Loukachenko (qui entre nous n’a pas pas l’air d’être un grand rigolo)a commis un lapsus en intimant l’ordre à la population « de se désha­biller et travailler » ! En réalité, il voulait dire « s’améliorer et travailler » (entre « razvi­ vatsa » et « razde­vasta, le lapsus est facile). Et bien qu’on fait les jeunes biélorusses ?  Ils l’ont pris au mot en se dénudant sur leur lieu de travail et en postant leur impertinence sur les réseaux sociaux ! Ce qui n’a pas manqué d’être repris dans le monde entier, qui d’habitude a une légère tendance à mépriser l’existence de ce petit pays.

« Heta Belarus Dzietka ! »

Nous aussi on a trouvé ça drôle. Tout comme une série de choses que nous avons relevé exclusivement en Biélorussie  : les magasins, les restaurants, les discothèques cloisonnés, dont on sait de quoi il s’agit, qu’une fois y avoir mis les pieds.  Les filles qui s’habillent comme des stars de cinéma en ville… comme dans la cambrousse ! La fin des programmes à la TV à minuit, comme dans les années 90 chez nous. Quand on ferme les portes d’un bar à 23h, alors qu’on avait l’impression qu’on était partis jusqu’au bout de la nuit. Où quand à l’inverse, celui-ci reste ouvert alors qu’il n’y a strictement personne dedans ?!  Comme pour  la belgitude chez les Belges, c’est une façon de faire d’être, qui ne peut vraiment se définir. On croit bien qu’ils en sont conscients… On dit même  « Heta Belarus Dzietka ! »  (c’est la Biélorussie, chérie !) pour ironiser sur les coutumes parfois saugrenues.

La Russie Blanche ?

Bon voilà vous l’avez compris. La Biélorussie est le genre de pays qui fascine, aiguise la curiosité et dont on a envie de tout comprendre. Nous l’avons même rebaptisé la « Miélorussie » pour insister sur la douceur du tempérament des gens, endurcis au fil d’une histoire, qui se révèle finalement assez tragique. Il y a eu beaucoup de guerre à travers l’histoire sur ce territoire, la dernière en date sûrement la plus terrible, puisqu’elle a décimé plus d’un tiers de la population… la seconde Guerre mondiale.  On s’est aussi fait reprendre à plusieurs reprises en prononçant le terme de « Biélorussie » et comme vous vous en doutez, on a cherché à comprendre pourquoi…

Faut-il dire Biélorussie ou République du Bélarus ?

Enfait les « Biélorusses » disent plutôt le « Bélarus ». Pour une raison assez complexe :  Rus fait référence à la Ruthénie, union des régions slaves englobant grossièrement une partie des actuelles Russie, Ukraine, Biélorussie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, sous le contrôle de Kiev, au Moyen-Âge IXe siècle (La Rus’ de Kiev ou Russie kiévienne, pour ceux qui sont calés en histoire). C’était bien avant les Tsars, puis les Soviet, la grande Russie. Bela fait référence à la couleur blanche qui désignait géographiquement cette partie de la région. Ainsi il serait ainsi plus juste de dire « Bela-Rus » que Biélorussie,  car ce dernier terme se traduit par « Russie blanche ». Il faut y voir aussi une volonté de se démarquer du grand frère Russe, d’autant que sur le territoire vivent beaucoup de Polonais. Tout ça est bien compliqué nous direz-vous ! En effet…!

Notre regard sur la Biélorussie

Bon clairement, nous auront du mal a ne plus utiliser le terme « Biélorussie ».  On risque de passer pour les « relous de service ». Mais dans la mesure du possible, on utilise plus souvent la dénomination  officielle de l’ONU : République du Bélarus. Bref on a adoré la « Blanche rus ». Durant notre voyage, on a découvert que l’on partageait bien plus que l’amour des patates, celui de la nature, des forêts qui renferment les dernières populations de Bisons en Europe, des lacs et des grands espaces. On a aussi aimé l’attachement avec lequel les gens reviennent régulièrement auprès de leur dacha, cultiver leurs quelques mètres carrés de terres, les fleurir, et profiter simplement du temps qui passent avec ceux qu’ils aiment. Parce qu’au fond c’est ça la vie, non ? Nous avons dépassé certains a priori qu’on peut tous avoir, à l’évocation d’un état totalitaire pour découvrir de subtiles ambiguïtés.On vous assure… cet article n’est pas sponsorisé par le ministère de la propagande du Bélarus ! On avait juste envie de parler de ce visage là du pays, qu’on connaît trop peu !

Bon vent au Bélarus, et à ses généreux habitants…

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